Expositions

Avec une sélection d'œuvres des collections des 3 FRAC du Grand Est

Em’kal Eyongakpa explore l’histoire coloniale du Cameroun, plus particulièrement celle de sa région natale, le Manyu, au sud-ouest du pays. À travers la photographie et des installations multimédias, il s’intéresse à la mémoire collective, aux récits oraux transmis, ainsi qu’aux croyances spirituelles liées aux paysages. Sensible aux mythes, aux rites et aux forces invisibles, il développe une écriture visuelle singulière dans laquelle son corps apparaît parfois de manière furtive, comme une présence fantomatique.
Dɛnyaland-Kɛnyaŋland-Kɛyakaland, a century later (Ketoya Speaks #2) est une installation murale composée de quatre photographies, réalisées en 2016 dans le village de Ketoya, situé dans la région du Manyu, au sud-ouest du Cameroun. L’œuvre se concentre sur ce territoire, dont l’artiste est originaire, et qui fut l’un des lieux stratégiques et symboliques des mouvements de résistance contre l’occupation coloniale allemande entre 1884 et 1916. En retournant sur ses terres ancestrales un siècle après la fin du conflit, Em’kal Eyongakpa a entrepris une recherche mêlant captations sonores de la végétation locale, témoignages d’ancien·nes, récits oraux d’habitant·es et photographies.
Dans les photographies, la nature est omniprésente. Elle se déploie à travers des forêts épaisses, des troncs imposants, des rochers, des sols humides et des vestiges architecturaux. Derrière leur apparente tranquillité, ces paysages condensent la mémoire d’affrontements passés et les significations spirituelles propres au lieu, inscrites dans le territoire et les récits locaux.
Eyongakpa intègre également une partie de son corps dans le cadrage des paysages. Ces fragments corporels, dissimulés et flous, demeurent difficilement perceptibles. Le corps de l’artiste établit un dialogue entre le présent et le passé du lieu. Il relie également ce qui est visible, à savoir la nature et les vestiges, et ce qui demeure invisible : les récits effacés, les mémoires enfouies et les corps disparus.
Dɛnyaland-Kɛnyaŋland-Kɛyakaland, a century later (Ketoya Speaks #2) contribue à une réparation symbolique des lieux de combat et des traumatismes, à travers une nature luxuriante qui recouvre et panse un territoire meurtri. Elle invite le·a spectateur·ice occidental·e à repenser l’héritage colonial non comme une histoire lointaine et figée, mais comme une mémoire active et profondément ancrée dans les paysages et les corps.
Elisa Kolb et Paul Seitz, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent
Né en 1981 à Eshobi au Cameroun, Em’kal Eyongakpa aborde l’histoire du colonialisme de son pays à travers le medium de la photographie. Particulièrement sensible aux croyances autochtones liées au surnaturel, l’artiste explore les lieux historiques chargés d’énergies spirituelles, capturant ainsi des clichés de nature luxuriante qui se sont substitués, avec le temps, aux scènes de combats. Tout en s’inspirant des rites et des mythes de sa région d’origine, Em’kal Eyongakpa appose discrètement son propre corps sur les photographies selon une technique de déconstruction de l’image.
Eléonore Gros





