Binta Diaw

1995, Milan

Binta Diaw explore dans sa pratique les relations entre corps, nature et mémoire. Diplômée de l’Accademia di Belle Arti di Brera (Milan) en 2017 et de l’École Supérieure d’art et de design de Grenoble en 2019, elle inscrit son travail dans une perspective écoféministe et décoloniale, attentive aux récits invisibilisés et aux gestes de transmission.

Dans Naître au monde, c’est concevoir (vivre) enfin le monde comme relation, Binta Diaw compose un paysage organique de tresses et d’eau, inspiré par les mangroves du littoral sénégalais. D’épaisses mèches de cheveux synthétiques émergent d’une structure métallique, plongent dans des bassins et se redressent dans l’espace, rappelant le mouvement des racines aériennes des palétuviers. Au-delà de la référence formelle à la mangrove, l’installation en adopte le fonctionnement même. Celui d’un écosystème vivant, où matières, éléments et organismes sont interdépendants et s’organisent eux-mêmes. L’eau, les cheveux et la structure forment un tout en perpétuelle transformation, où le vivant n’est pas une forme figée, mais un réseau de relations, de flux et de régénérations.

Le parallèle entre les tresses et la mangrove dépasse l’analogie formelle. Il s’agit d’un geste stratégique : réhabiliter des formes culturelles et corporelles longtemps stigmatisées. À travers le tressage, un art de la main, du soin et de la transmission, l’installation restitue un récit collectif, celui des femmes africaines et afrodescendantes dont les cheveux furent tour à tour contrôlés, exotisés ou effacés. Dans le geste de tresser, l’artiste réactive cette mémoire et les récits souterrains deviennent des racines visibles.

Le titre, emprunté à Édouard Glissant (Poétique de la Relation, 1990), inscrit l’œuvre dans une pensée du lien. Selon l’auteur, “Naître au monde” c’est reconnaître que l’être ne se définit pas par l’isolement mais par le réseau de relations qui le traverse. En y associant la notion de vie, Binta Diaw invite à incarner cette philosophie dans la matière même de l’installation et à faire de celle-ci un espace de résonance entre le corps, la terre et l’eau.

En défiant les frontières et les hiérarchies occidentales, l’artiste fait éclater les cloisons entre nature et culture, humain et plus qu’humain, organique et artificiel, ouvrant la voie à un nouveau regard sur le vivant. Elle nous rappelle que naître au monde, c’est entrer dans un tissu de liens, de gestes et de récits partagés.

Luane Meziane-Grudenik, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent

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