
Willie COLE
Willie Cole se réapproprie et combine des objets de récupération et l’imagerie africaine. Par ce procédé, l’artiste entend rétablir des liens avec les héritages culturels et identitaires de la communauté afro-américaine dont il est issu. En faisant régulièrement référence à l’esclavage et au travail domestique des Noirs américains, les œuvres de Willie Cole rappellent l’interminable influence du passé, la complexité de l’expérience diasporique et la nécessité d’élaborer des contre-récits.
Face à 48 portes, regroupées par groupes de quatre autour de piliers rotatifs, un gardien nous invite au seuil d’un labyrinthe. Ce “lawn jockey” est une statuette raciste représentant un serviteur noir aux traits caricaturaux : un objet associé aux riches familles blanches nord-américaines qui en ornaient leurs jardins avant le mouvement de lutte pour la défense des droits civils des Noirs américains. Cette statuette suggère la servilité et le statut inférieur des domestiques noirs et illustre l’histoire raciste et coloniale des États-Unis. Mais le personnage endosse ici une autre signification, celle de la divinité Elegba. Pour les Yoruba, peuple originaire d’Afrique de l’Ouest, Elegba est le messager entre humains et divinités, ainsi que le gardien des carrefours et des portes, ce qui fait de lui le dieu de la prise de décision. Gouverneur des choix, il peut aussi bien dresser les obstacles que guider le chemin. Par ses couleurs rouge, noire et blanche, symboles d’Elegba dans la tradition Yoruba, la statuette du lawn jockey devient une figure de gardien, assimilée à la divinité. Selon Willie Cole, “L’acte de choisir est ce à quoi nous oblige Elegba” et l’artiste nous invite à expérimenter cela en “entrant” dans son labyrinthe.
Sur chacune des portes usagées est sérigraphié un mot, puisé dans des discussions ambiantes interceptées par l’artiste. Ces termes ne guident nulle part le·a spectateur·ice, si ce n’est sur la piste d’interprétations subjectives. La trajectoire de chacun·e est déterminée par la relation qui s’instaure inconsciemment entre son histoire et sa sensibilité à certains mots. De porte en porte, les visiteur·euses sont entrainé·es dans une quête sans destination, dans un labyrinthe où la prise de décision induite par Elegba prévaut sur l’échappatoire. L’installation expose le jeu complexe des choix, façonné par une responsabilité personnelle, chaque décision ouvrant autant de portes qu’elle n’en ferme. Avec The Elegba Principle, Willie Cole explore le potentiel symbolique des objets usagés, tout en confrontant l’expérience individuelle subjective aux contraintes de la logique décisionnelle, dans un labyrinthe métaphorique.
Maémi Delaunay, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent