Glenn LIGON

1960, Bronxville (USA)

Après un Bachelor en arts obtenu en 1982 à l’Université Wesleyan de Middletown aux États-Unis, Glenn Ligon participe au programme d’études indépendantes au sein du Whitney Museum of Art à New-York en 1985. C’est à la fin des années 1980 que son travail textuel se fait remarquer. Glenn Ligon emploie les mots comme médium de ses œuvres. Il exploite leur potentiel symbolique et esthétique, parfois en les rendant illisibles par la superposition ou la bavure, parfois en les isolant ou en les éclairant. En les empruntant à des slogans ou des textes d’auteur·ices afro-américain·es, l’artiste transpose la signification et les connotations des mots, dans l’intention de détourner les récits historiques dominants.

Dix lithographies noires sur un fond blanc se succèdent sur les murs. Conçues selon une structure identique, elles associent chacune la représentation d’une personne noire figurée de profil, en pleine course ou accroupie les mains enchaînées, à un texte cerné d’un liseré noir. Ces affichettes à l’aspect désuet, elles-mêmes encadrées, sont placardées sur les murs à la manière d’avis de recherche. Elles reprennent la forme des affiches issues de la loi américaine de 1793, qui demandait de renvoyer les esclaves en fuite à l’État.

“Glenn, homme noir, 1,73 m, cheveux très courts, presque entièrement rasés, corpulence trapue, 70-75 kg, teint moyen (ni ”clair”, ni “foncé”, légèrement orangé)“. Tels sont les termes employés dans l’un des textes. Ici, le fugitif concerné par l’avis de recherche n’est autre que Glenn Ligon lui-même. Pour réaliser ces textes, l’artiste a en effet demandé à dix de ses proches de le décrire, sans préciser l’usage auquel il les destinait. Iels détaillent sa taille, son poids, ses vêtements, sa couleur de peau, ses habitudes ou sa personnalité. Leurs descriptions présentent de fortes similitudes avec les avis de recherche d’esclaves. Afin d’appuyer la confusion, l’artiste les associe à des gravures extraites de publications de recherche de marrons par leurs propriétaires, parmi lesquelles des figures abolitionnistes comme Frederick Douglass.

Le marronnage est un acte de résistance : le marron s’évade et se libère de la plantation pour créer de nouveaux espaces, défendre une liberté dans un monde où les vies noires ne comptent pas. Ainsi, à travers une description élémentaire de sa propre identité, Glenn Ligon met en évidence la persistance des rapports de violences issues d’un régime de domination colonial. Runaways tisse un lien entre ce passé et le profilage racial des brutalités policières. En effet, les indications fournies par les proches de l’artiste rappellent les descriptifs de recherche des rapports de police qui font l’amalgame entre appartenance raciale et criminalité. Au sein des enquêtes, la violence du langage administratif et policier participait de la déshumanisation des suspects par la réduction de leur identité à des critères raciaux et physiques. L’artiste entend révéler que l’identité n’est pas figée mais déterminée par la perception des autres et les dynamiques historiques et politiques. Par cette œuvre, Ligon réactualise la lutte des esclaves dans leur acte de résistance le plus subversif pour l’institution esclavagiste.

Elsa Poulet, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent

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