
Rayane Mcirdi
1993, Asnière-sur-Seine (F)
Diplômé de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Rayane Mcirdi est vidéaste. Son travail cinématographique se situe à la lisière du documentaire et de la fiction. Il développe une pratique fondée sur la collecte d’anecdotes et d’expériences vécues, principalement auprès de son entourage proche. Cette position d’énonciation, depuis l’intérieur des lieux et des relations qu’il filme, constitue un axe central de sa démarche. Attentif aux enjeux de représentation de la banlieue, Rayane Mcirdi interroge les images stéréotypées et les récits dominants associés à ces territoires.
Le Toit s’inscrit dans la série de courts-métrages Les Princes de la Ville, réalisée à partir d’histoires recueillies auprès de proches de l’artiste, habitants d’Asnières-sur-Seine et de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). La vidéo prend pour point d’ancrage un espace précis : le toit d’un immeuble, lieu à la fois de refuge, de sociabilité et d’observation du quartier.
Le film associe une image instable, montrant un groupe d’amis issu de l’entourage du narrateur, à une bande sonore portée par la voix-off de ce dernier. Les paroles que l’on entend ont été recueillies par l’artiste auprès de son cousin, lors d’un entretien, et enregistrées en amont du tournage1. En déroulant son récit, le narrateur raconte une histoire collective, issue des expériences et discussions avec ses amis et structurée par des glissements entre réalité et interprétation.
Il revient sur une émeute survenue à la suite de l’arrestation de Théo Luhaka par des policiers lors d’un contrôle à Aulnay-sous-Bois en 2017. Le jeune homme de 22 ans fut frappé et violé à coups de matraque, ce qui lui causa de lourdes séquelles psychologiques et physiques. Le narrateur évoque les violences subies par Théo et les émeutes consécutives à cette interpellation, qui conduisirent à une course-poursuite avec la police et au repli sur un toit par l’entourage du narrateur. Ce dernier précise que certains participants se joignirent aux émeutes pour rompre avec un quotidien marqué par l’ennui, résultat d’une politique de ghettoïsation menée dans les quartiers depuis les années 1950, tandis que d’autres cherchaient à exprimer leur colère face aux violences policières. Le film donne à entendre ce récit tout en montrant de manière décontextualisée un groupe d’amis qui rit, fume et joue à des jeux vidéo sur le toit précédemment mentionné. Le décalage entre la gravité des faits relatés et l’apparente légèreté de la scène constitue une stratégie narrative à part entière qui invite les spectateur·ices à prendre conscience de la banalité de ces faits dans le quotidien des protagonistes et des ruses inventées par ces derniers pour survivre.
Cette cachette à ciel ouvert, que constitue “le toit”, devient un espace de vie offrant à la fois la possibilité de se rassembler librement et d’observer sans être vu. Situé en hauteur, ce lieu d’évasion permet de s’extraire temporairement d’un environnement marqué par la surveillance et les violences systémiques. Rayane Mcirdi rend sensible ce besoin de liberté en destituant, dans ses images, la vue de la rue au profit de la domination visuelle du ciel et de l’horizon.
Cindy Poignant, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent
1 Voir Victoria le Boloc’h-Salama et Florian Champagne, Le bruit de l’art, podcast vidéo, “Épisode 28 : Rayane Mcirdi, artiste vidéaste”, 1h 02’43’’ (passage cité à partir de 8’41’’) https://youtu.be/dqRxU9TZ4Wo?si=LdOlRz6ZxIGKjiec
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