Myriam Mihindou

1964, Libreville (Gabon)

Myriam Mihindou est une artiste voyageuse et nomade dont l’œuvre explore les identités, les spiritualités et les mémoires – collectives et individuelles – traumatisées par les systèmes coloniaux. À travers une pratique pluridisciplinaire qui engage son corps, elle cherche à créer des espaces propices à l’émergence de nouveaux récits. Depuis 2006, l’artiste développe une série intitulée Langues Secouées – dont fait partie Le jardin est un sol d’utopie – qui vise à “décoloniser” la langue française. Elle y étudie les mots, leur sens, leur sonorité et leur étymologie, afin de donner à voir et à entendre le caractère profondément excluant et la violence symbolique du langage, dans une démarche de soin et de réparation.

Sur une feuille blanche, Myriam Mihindou compose un jardin fait de fils de cuivre, de fragments de papier et de résine d’okoumé. Le cuivre forme parfois des lettres difficiles à déchiffrer ; à d’autres endroits, il entoure des rouleaux de papier sur lesquels sont inscrites des définitions de mots en ancien français. Au centre de la composition, la résine d’okoumé, extraite d’un arbre du Gabon, forme un quadrillage de taches brunes. Cet arbre n’a pas été choisi au hasard : selon l’artiste, l’okoumé possède le pouvoir de circuler entre le monde des vivants et celui des morts. Ainsi, cet arbre sacré permettrait d’ouvrir la voie vers d’autres espaces. La résine représente son sang et symbolise le renouvellement et la guérison. Le cuivre, quant à lui, que les Dogons du Mali associent à l’eau et la parole, est choisi pour ses propriétés conductrices et ses vertus énergétiques.

Si le cuivre et l’okoumé, ressources naturelles soumises à une extraction massive par l’Occident, désignent les structures persistantes de la colonialité, leur usage par l’artiste est également lié à leurs puissantes propriétés médicinales. L’énergie qui en émane – lorsque Myriam Mihindou les manipule – lui permet à la fois de se soigner et de faire circuler le langage autrement, comme une matière vivante.

Les mots écrits par l’artiste sur les papiers enroulés apparaissent selon des protocoles ritualisés, connus d’elle seule et qui sont le fondement de sa pratique. Comme des fragments de discours qui échapperaient à une compréhension immédiate, ces mots sont illisibles et nous restent inaccessibles. Par ce geste d’écriture, l’artiste renvoie au discrédit de l’oralité et aux blessures d’une langue modifiée. En rendant leur épaisseur et leur histoire aux mots, l’œuvre réactive le langage et le libère de sa fonction de domination.

Ce jardin métaphorique devient un espace d’utopie où les mots résistent. Pour Myriam Mihindou, c’est un lieu immatériel de connexion entre les corps, les esprits, les animaux et les végétaux, un sol d’utopie où les mots, les gestes et les mémoires circulent et interagissent. C’est un endroit à part, où l’on lutte, où l’on apprend et où l’on rêve. C’est un sol qui nourrit, que l’on cultive et que l’on travaille, un sol qui nous relie à la terre. Ce jardin se transforme ainsi en une source de récits et d’histoires, un espace de réparation où le corps peut guérir.

Lina Chtourou, 2026 – Notice rédigée dans le cadre de l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent

Myriam Mihindou dit de ses oeuvres graphiques qu’elle est préoccupée par les chocs et les blessures des langues et de leur évolution. Elle s’attache à identifier les mécanismes d’une langue et son étymologie. Elle examine les racines du langage, les systèmes de présentation, de transmission et la présence du langage dans l’inconscient, dans la mémoire de l’individu et dans la conscience collective du langage. Elle s’intéresse en particulier à l’impact des traumatismes coloniaux et postcoloniaux, en termes de changements linguistiques qu’ils ont provoqués, dans les pays des anciennes colonies françaises d’Afrique. Ses œuvres visualisent les traces et les retraits de rituels, de processus chamaniques, de phases de doute, de disparition, d’oubli, de mort. Ils sont la recherche de la guérison et de la réparation des pertes, des destructions, des traumatismes et des blessures.

Elisabeth Vedrenne

Acquisitions

Expositions

Em’kal Eyongakpa, Untitled XXII (Akwa), 2016, collection FRAC Alsace © Em’kal Eyongakpa
FRAC Alsace
Parfois revenir en arrière et avancer se confondent
Commissaires d'exposition : Master ECCA, Université de Strasbourg
Avec une sélection d'œuvres des collections des 3 FRAC du Grand Est
14.03–21.06.2026
lawrence abu hamdan, ziad antar, ouassila arras, willie cole, julien creuzet, bady dalloul, binta diaw, em’kal eyongakpa, glenn ligon, rayane mcirdi, myriam mihindou, josèfa ntjam, estefanía peñafiel loaiza, nil yalter.
Photographie extraite du Compte rendu photographique de la sortie des Naturalistes en lutte sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes le 8 mai 2016 : à la recherche de nouvelles stations de flûteaux nageant et suivi floristique de la mare 107 rouverte en 2015. FNAC 2020-0791 (1à79) © Bruno Serralongue.
FRAC Alsace
SUR LES BORDS DU MONDE : FÉRALES, FIÈRES & FAROUCHES
01.07–19.11.2023
guillaume barth, lara almarcegui, françois génot, claudie hunzinger, sandra knecht, daniel steegmann mangrané, myriam mihindou, bruno serralongue, lois weinberger, steiner & lenzlinger, nicolas daubanes, denicolai & provoost, guillaume greff, feral practice, suzanne husky, jochen lempert, katrin gattinger & anna guilló.
Em'kal Eyongakpa, Untitled XVII Ketoya, 2016
FRAC Alsace
Perspectives #02
Les nouvelles œuvres de la collection
25.03–29.05.2022
juliette jouannais, julian charrière, jeongmoon choi, clément cogitore, gabrielle conilh de beyssac, nathalie elemento, em’kal eyongakpa, hamish fulton, jules guissart, mischa leinkauf, mehryl levisse, antje majewski, olivier guesselé-garai, myriam mihindou, josèfa ntjam, pak sheung chuen, chloé quenum, trevor yeung.
Hors-les-murs
Effets secondaires
CEAAC Strasbourg
15.03–19.05.2019
saâdane afif, madeleine berkhemer, pascal bernier, ruth ewan, alicia framis, michel françois, franziska furter, isabelle lévénez, teresa margolles, nick mauss, allan mccollum, myriam mihindou, mélodie mousset, graciela sacco, cecilia vicuña.

Évènements