Parfois revenir en arrière et avancer se confondent
Avec une sélection d'œuvres des collections des 3 FRAC du Grand Est
Fidèle à ses engagements en faveur de la formation, de la recherche et de l’expérimentation curatoriale, le FRAC Alsace a donné carte blanche aux étudiant·es du master “Écritures critiques et curatoriales de l’art et des cultures visuelles” (ECCA) de l’Université de Strasbourg pour concevoir une exposition à partir d’une sélection d’œuvres issues des collections des trois Fonds Régionaux d’Art Contemporain du Grand Est — Alsace, Champagne-Ardenne
et Lorraine.
Depuis 2009, ce partenariat traduit une conviction forte : les collections publiques sont des espaces vivants, appelés à être relus, interrogés et réactivés par de nouvelles générations. L’exposition Parfois avancer et revenir en arrière se confondent est le fruit d’une recherche autonome, portée par une génération attentive aux enjeux esthétiques, sociaux et politiques de son temps. Elle propose une lecture engagée des œuvres sélectionnées témoignant de la
vitalité des collections et de leur capacité à susciter des récits pluriels.
Cette carte blanche est une invitation à considérer l’exposition comme un laboratoire pédagogique d’idées — un espace où s’invente, aujourd’hui, une manière possiblement critique de regarder et de penser l’art.
L’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent
C’est ce que murmure la mangrove quand on y entre pour la première fois. On croit revenir sur ses pas mais les racines nous mènent dans d’autres directions, nous obligent à regarder ce que l’on avait contourné. La mangrove ne connaît pas la stabilité, elle avance par glissements et par détours.
Cet espace d’entremellement, entre eau et terre, fut autrefois un refuge pour celleux qui tentaient d’échapper à l’esclavage et au pouvoir colonial. L’autorité ne pouvait s’y aventurer sans risque. Le sol cédait, les chemins disparaissaient, l’ordre se dissolvait. La mangrove protège aujourd’hui encore, à sa manière, en rappelant qu’il existe des zones où les récits dominants ne savent pas s’imposer.
Les rapports de pouvoir hérités de la période de l’impérialisme colonial continuent de structurer le présent. C’est ce que l’on nomme colonialité. Elle persiste dans la manière de gouverner, de décider pour d’autres. Elle s’incarne dans les échanges commerciaux asymétriques et dans les industries extractives, dans le vol des terres, dans l’exploitation de ressources dans les mêmes régions qu’hier. Elle se manifeste dans les frontières fermées, dans les hiérarchies dressées, dans les savoirs qui s’imposent face à ceux qu’on laisse de côté. Elle réapparaît dans les images qui circulent et dans les voix que l’on empêche de s’exprimer. Par ailleurs, la colonisation n’appartient pas uniquement au passé : elle se poursuit aujourd’hui. Certains États maintiennent et étendent leur contrôle sur des territoires par la force, l’occupation ou l’implantation de populations.
C’est dans cette épaisseur-là que les artistes cherchent et enquêtent. Iels recueillent les fragments, fouillent les archives et tendent l’oreille vers des légendes murmurées. Iels s’approchent des voix que l’impérialisme étouffe. Ces voix continuent de gronder dans les paysages, dans les langues, dans les gestes, et parfois dans les silences eux-mêmes. À partir d’un morceau de photographie, d’une trace ou d’un souvenir les artistes réveillent ces présences rendues muettes et reconstituent la pluralité de l’histoire. Iels en montrent les coutures, les failles et les lacunes.
L’exposition devient mangrove, un espace de résistance, de récits entremêlés, de mémoires mouvantes. On s’y fraye un chemin en acceptant l’instabilité, en reculant et en avançant en même temps. On y devient toustes enquêteur.ices, en collectant des indices semés par les contres récits et en partageant ses propres savoirs. Ainsi, elle ne s’appréhende pas comme un parcours linéaire, mais comme une traversée. Nos corps y sont constamment sollicités : franchir, contourner, s’arrêter, revenir en arrière, accepter de se perdre.
Les œuvres réunies ici ne s’alignent pas, elles se répondent par échos, par résonances. Le végétal, les racines, les portes, les tissus, les voix, les images fragmentées composent une cartographie incertaine, faite de seuils et de passages. Nos corps, en circulant, passent du foisonnement à la fluidité, ils traversent des récits tantôt marqués de violence historique tantôt chargés de gestes de soin, de réparation, de réappropriation. L’exposition demande parfois de ralentir, d’ajuster son regard, d’écouter plus attentivement ses ressentis. Elle implique une attention active ainsi qu’une acceptation de l’inconfort, du trouble que peuvent susciter certains sujets.
L’exposition ne cherche pas à produire un discours clos, mais à ouvrir un espace où les relations se forment, à faire advenir des communautés temporaires, fragiles et nécessaires. Nos voix, nos écrits, nos savoirs se nourrissent mutuellement. Comme dans la mangrove, les trajectoires se croisent et les hiérarchies s’effondrent.
Parfois revenir en arrière et avancer se confondent. En quittant l’exposition, une part d’elle demeure en nous ; images persistantes, voix qui résonnent et questions non résolues nous accompagnent. La mangrove continue de s’étendre en nous rappelant que d’autres manières d’habiter le monde existent dans les interstices, dans les détours et dans les relations que l’on tisse ensemble.
Avec les œuvres de : Lawrence Abu Hamdan, Ziad Antar, Ouassila Arras, Willie Cole, Julien Creuzet, Bady Dalloul, Binta Diaw, Em’kal Eyongakpa, Glenn Ligon, Rayane Mcirdi, Myriam Mihindou, Josèfa Ntjam, Estefania Peñafiel Loaiza et Nil Yalter
Commissaires d’exposition : Lina Chtourou, Elfie Creuse, Maémi Delaunay, Elisa Kolb, Romane Louvet, Luane Meziane – Grudenik, Cindy Poignant, Elsa Poulet, Paul Seitz et Elise Tassetti
Encadrement pédagogique : Janig Bégoc et Simon Zara, professeur·es à l’Université de Strasbourg
Partenaires : Les équipes du FRAC Champagne-Ardenne, du 49 Nord 6 Est — FRAC Lorraine et du FRAC Alsace
Plus d’infos
Ouverture de l’exposition
Du mercredi au dimanche de 14H à 18H
Entrée libre
AUTOUR DE L’EXPOSITION
Vernissage
Ven. 13.03, de 18h à 20h
Entrée libre
Tour bus
Sam. 21.03, de 9h30 à 17h30
Découverte de projets organisés par le FRAC Alsace et ses partenaires sur le territoire : la résidence de Vincent Chevillon à Saverne, l’exposition Un amour de Lalique – une idée de paradis au Musée Lalique et l’exposition Parfois revenir en arrière et avancer se confondent présentée au FRAC Alsace
Conférence
Dim. 26.04, à 16h30
Présentation du projet archipels.org par l’artiste Vincent Chevillon
Nuit européenne des musées
Sam. 23.05, de 14h à 20h
Programmation à venir
Rendez-vous aux jardins
Dim. 07.06, de 14h à 18h
Visites commentées du jardin et jeu de découverte
Temps de lecture performée au jardin à 16h30
Finissage
Dim. 21.06, de 14h à 18h
Finissage de l’exposition en musique
VISITES
Visites commentées
Tous les dimanches à 15h30
Visite des réserves
Dim. 14.06, à 15h, 16h, puis 17h
Gratuit, sur inscription*
After work au FRAC
Jeu. 26.03, 09.04, 23.04, 07.05, 21.05, 04.06, 18.06, de 17h30 à 19h
Découverte de l’exposition, suivi d’un moment convivial autour d’un verre
Gratuit, sur inscription*
ATELIERS
Sam. 21.03, de 14h à 16h : Ce que les images racontent (9-12 ans)
Sam. 11.04, de 14h à 16h : Un mot, une histoire (adultes)
Sam. 18.04, de 14h à 16h : Une frise pleine d’histoires (5-8 ans)
Sam. 25.04, de 14h à 16h : Les archives prennent vie (adultes)
Sam. 06.06, de 14h à 16h : Rencontre illustrée (à partir de 16 ans)
Mer. 10.06, de 14h à 16h : Le jardin tout en bleu (tout public)
Mer. 13.05, de 14h à 16h : C’est dans la boîte (9-12 ans)